Réformés – évangéliques

Certains réformés souffrent-ils d’évangélicophobie ?
Les évangéliques penseraient leur foi comme une oeuvre de salut. Ils n’auraient rien compris au coeur de l’Evangile : la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ. Jean-Denis Kraege persiste et signe. Après son « Les pièges de la foi : lettre ouverte aux évangéliques » paru en 1993, le pasteur réformé de Pully publie un billet qui jette un froid dans « RéformeS», un journal qui paraît à l’occasion des 500 ans de la naissance de Calvin. Or le bât blesse : la publication est chapeautée par l’exécutif de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV). Et les évangéliques sont les seuls à passer à la moulinette, comme si le débat sur la grâce était clos avec les catholiques… et les autres religions ! Pasteur retraité, en service actif à l’Eglise évangélique de Rolle, Paul Dubuis réagit.
« RéformeS » est un journal réformé qui est paru récemment à l’occasion du 500e anniversaire de la naissance de Calvin. Publié à 17 000 exemplaires par l’EERV, sous la responsabilité du membre permanent du Conseil synodal, Antoine Reymond, il a été distribué dans toutes les paroisses réformées du canton de Vaud.
Un billet qui surprend !
On y découvre une série d’articles brefs s’intéressant à Calvin, à Luther, à Gutenberg et aux autres… à Karl Barth et à la Déclaration de Barmen. A l’Armée du Salut encore, présentée très positivement. Enfin on repère un texte qui devrait offrir quelques pistes de réflexion utiles aux paroissiens réformés, à ceux qui s’intéressent aux questions théologiques ou à la géographie ecclésiastique du pays. Signés par le pasteur et théologien Jean-Denis Kraege, ces propos seront considérés, à tort ou à raison, comme une opinion « officielle ». Chez nombre de paroissiens, ils feront naître ou confirmeront un confus sentiment de méfiance, au vu de leur estampille académique… Le seul titre du texte, attractif à souhait, suffira à conférer une caution ministérielle à l’esprit sectaire qui émane du texte doctrinal : décidément, ceux qui sont « contre », ce sont les autres ! Voici ce billet :
« Evangéliques» contre évangéliques! »
« Certains protestants ont la prétention d’être aujourd’hui les vrais héritiers de Calvin. Ils se dénomment eux-mêmes « évangéliques ». Ils contestent ainsi la fidélité à la Réforme de ceux qui s’appellent « évangéliques réformés » ou « évangéliques luthérien ». Selon leurs propres dires, ils se sont convertis. Ils ont tourné le dos à la vie de péché qui était la leur antérieurement. Ils se sont une fois pour toutes repentis et vivent une vie de sainteté.
Mais c’est précisément sur cette manière de concevoir la vie chrétienne qu’ils ne sont pas fidèles à Calvin (ni du reste à Luther !). Pour eux le péché appartient au passé ; maintenant ils sont sauvés. Et ce qui les sauve, c’est leur foi, leur conversion. Ils font ainsi de la foi une bonne œuvre, un mérite !
Pour Luther et Calvin, le croyant reste toute sa vie un pécheur. Il se sait simplement pardonné par Dieu. A l’époque on disait que le chrétien était « simultanément juste et pécheur, toujours repentant ». On ne se repent pas une fois dans sa vie. Il faut le refaire chaque jour. Chaque jour, à chaque instant, il convient de recevoir le pardon et la foi que Dieu nous offre gratuitement.
Pourquoi ne puis-je jamais être définitivement sauvé ? Parce que, si je possédais le pardon et la foi, je deviendrais immédiatement plein de moi-même. Je croirais pouvoir faire quelque chose indépendamment de Dieu. Or c’est là que réside précisément la définition du péché : croire que je peux me passer de Dieu.
Les « évangéliques » redoublent donc leur péché en n’acceptant pas qu’il leur faille vivre en éternels pécheurs dans la totale dépendance de Dieu, en comptant toujours de nouveau sur la grâce et elle seule. »
Température hivernale dans nombre de paroisses et d’Eglises
« RéformeS » a jeté un froid dans de nombreuses paroisses réformées aussi bien que dans les communautés indépendantes. Son contenu a blessé profondément tous ceux qui se réclament des convictions les plus chères aux chrétiens de persuasion évangélique. En effet, le réquisitoire à l’emporte-pièce prononcé à leur endroit justifie leur tristesse, parfois leur colère.
L’auteur, qui est l’un des responsables de la rubrique « QuestionDieu.com » du mensuel « Bonne Nouvelle », réchauffe sa thèse en janvier avec le même argument unilatéral. Il répond ainsi à la question que pose une jeune fille :
- Tu veux demander ce qui distingue les « évangéliques » de ceux qui se rattachent aux Eglises protestantes « historiques » que sont les Eglises réformées ou luthériennes ?
A mon sens, la grande différence réside en ce que les Eglises « historiques » insistent sur la grâce alors que les Eglises « évangéliques » insistent sur la foi.
Dans ces jours où est particulièrement rappelée l’unité de tous les chrétiens, beaucoup d’entre eux ont pu réaliser, en lisant Jean-Denis Kraege, que la route vers l’unité pourrait être encore longue… Ils sont donc en droit de s’interroger : quel est l’OBJECTIF poursuivi par la parution de ce singulier brûlot, dont on ne les avait habitués jusqu’ici ni au ton polémique, ni au contenu apologétique ?
On supporte la fumée, mais où est le feu ?
On ne se souvient pas d’avoir vu s’élever un tel écran de fumée depuis des décennies, dressée telle une nuée séparatrice d’avec le pré des voisins évangéliques. Etant d’une autre persuasion certainement, mais tout de même apparentés, ceux-ci toussent. Et s’interrogent sur l’idée venue d’aiguiser ainsi sa plume et de la transformer en une flèche si pointue ? Il nous semble qu’elle a surtout atteint les caricatures virtuelles de personnes dont on s’est imaginé les hypothétiques dérapages. Il doit y avoir feu d’hérésie en la demeure de la vérité pour que le pasteur ne se contente pas d’informer passe à la dénonce. Si ce n’était, alors pourquoi cette excroissance étrangère, ce seul et unique article à se rapporter à une situation actuelle ?
La nouvelle, bonne à répandre à défaut d’être bonne, c’est que les Eglises « évangéliques » ne le seraient pas tout à fait, ou alors seulement… entre guillemets ! On sous-entendrait presque leur réprimande justifiable, pour s’être indûment approprié le beau titre par lequel elles se désignent. Mais alors qu’on veuille m’éclairer : l’Eglise réformée dont je suis encore diacre… l’EERV du temps de la Réforme où elle s’est instituée en dissidence… à qui donc a-t-elle demandé le droit de se qualifier, elle, d’évangélique… ? A quelle autorité théologique fondée sur les Ecritures ?
Soit dit en passant : le pasteur réformé – bienheureux est-il de consacrer du temps à l’étude théologique ! – peut-il affirmer que l’Eglise qu’il représente est authentiquement évangélique dans toutes ses expressions de foi et ses activités ? Et, question pour rire : que son Eglise est suffisamment évangélique pour garantir, en chacun de ses paroissiens, l’exacte formulation et l’orthodoxe confession des dogmes réformés qui nous sont chers pour la plupart, à lui comme à nous ?
Doubles-pécheurs, mais malgré tout…
Autre problème, tout aussi grave : indirectement, l’article sous-entend que la position du Pasteur Kraege serait celle de l’ensemble de l’EERV. Or rien n’est plus faux heureusement. Eglise et Liturgie, par exemple, n’a pas cette attitude. On peut même imaginer que la ferme plume d’un Roger Barilier n’aurait pas séché en cette occasion. Car, sans vouloir prophétiser au-delà de nos limites ecclésiastiques à la manière d’Amos, on s’étonne que dans l’EERV, on puisse nier la Trinité, nier l’inspiration de certains livres de la Bible, nier la naissance virginale, nier la résurrection corporelle et le retour du Christ… et, dans le même temps, se considérer comme descendants de Calvin !
Le billet de Jean-Denis Kraege ne rend pas compte de la foi professée par les évangéliques. Le ton utilisé permet peu de doute sur le parti-pris que nourrit le rédacteur envers eux. Au fait, aurait-il eu l’audace et le courage de s’exprimer de même à l’égard des musulmans, par exemple, s’il avait eu l’idée de leur faire ses remontrances ? On s’insurge parfois contre les homophobes, contre les islamophobes… ? Mais cet article est carrément… évangélicophobe ! Et sans rire encore, mais ce n’est pas fini. De quelles approximations théologiques lapidaires, de quelle prétendue sainteté définitive dénichée on ne sait où, surgit cet argument coup de poing : « Les « évangéliques » redoublent donc leur péché (sic !) en n’acceptant pas qu’il leur faille vivre en éternels pécheurs dans la totale dépendance de Dieu, en comptant toujours de nouveau sur sa grâce et elle seule. »
Et bien non, ce n’est vrai ni de la théologie évangélique, ni des Instituts et des Facultés libres, ni de la part de théologiens dont certains sont d’éminents docteurs reconnus… De ces lieux de compétence ne parvient pas le moindre écho qui puisse justifier ce discours disqualifiant. C’est pourquoi les doubles-pécheurs ainsi dévoilés se remettront sans peine de cet uppercut peu fraternel. Par contre, le coup aura mis à découvert la garde de celui qui l’a si superbement décroché. Sans esprit de jugement quant à sa personne sinon quant à sa vision brumeuse, on se risque à interroger : son argument frappant tirerait-il son énergie de quelque ancienne expérience personnelle frustrante, de quelque blessure reçue lors de fréquentations intercommunautaires douloureuses ? Sa démonstration n’a de force que l’apparence de ses mots ! Et ces mots-là conduisent à une évidente conclusion :
- Jean-Denis Kraege paraît avoir mal saisi l’essence de la théologie des Réformateurs qu’il appelle à sa rescousse.
- Il ne connaît pas la théologie des croyants évangéliques dont il s’érige trop hâtivement en juge superficiel.
Fréquentons-nous !
C’est pourquoi nous lui adressons finalement une joyeuse invitation :
- Fréquentez-nous ! Frottez-vous à ces évangéliques, si vous voulez voir à qui ils ressemblent en réalité, quand on les laisse se dégager de certains a priori où d’aucuns ont tenté de les enfermer depuis deux siècles! Lisez l’Ecriture avec eux, faites bonne chère de Calvin et de prière, on espère ainsi que vous apprendrez à les mieux aimer, à vous en laisser aimer de même et un peu… à les supporter ! L’Evangile de la grâce, c’est notre histoire à réformer sans cesse, l’histoire d’un amour, toujours recommencée…
Paul Dubuis
Pasteur, Eglise évangélique des Marronniers à Rolle
(Diacre EERV)
février 27, 2009 à 11:44
Bonne réponse à un jugement hâtif car elle invite à une rencontre en vérité!
février 27, 2009 à 3:57
Certains réformés s’étaient distingués par leur vindicte ostentatoire envers les évangéliques. Certains autres réformés se montrèrent plutôt empathiques et fraternels envers eux. Mais là, pour qualifier la disputation théologique anti-évangélique du réformé Jean-Denis Kraege, qui semble bien mal documenté, on hésiterait entre le burlesque et le discriminatoire. Qu’importe ! Tout ce qui est excessif est sans importance.
février 27, 2009 à 4:23
La langue n’a pas d’os, et pourtant elle est plus puissante que la jambe.
Proverbe gweabo (Liberia)
février 27, 2009 à 10:57
Je trouve que les effets de la réaction de Kraege sont plutôt positifs. Je pense qu’il a raison en disant que les évangéliques vont au-delà de Calvin et de Luther, car si nous étions fidèles à ces Réformateurs, nous ne serions pas évangéliques, mais simplement Réformés. Je crois aussi que l’avis de Kraege, manifeste une évolution dans les relations entre protestants et évangéliques; évolution qui peut aussi être constatée ailleurs dans le canton.
Je crois que nous évangéliques avons trop cherché à montrer que nous sommes des chrétiens convenables, des chrétiens comme les autres et que nous avons plus que les autres mitigé notre message et notre identité
Je crois qu’il est non seulement temps que nous redécouvrions pleinement notre identité, mais que nous devenions adultes et que nous soyons prêts à aller plus loin que la Réforme, que nous soyons prêts à reconnaître les forces et les faiblesses des théologies des réformateurs. Que nous laissions ceux qui se tournent vers le passé être une église réformée et qu’en contre-partie nous soyons une église réformante, non pas tournée vers les acquis d’un autre âge, mais tournée vers l’avenir, cherchant des réponses d’aujourd’hui aux problèmes d’aujourd’hui, et dans la langue d’aujourd’hui. S’inspirant du passé mais sans en être dépendante.
Les Réformateurs n’ont pas eu le courage (ou l’inspiration) de retourner à la source pure (celle de la Sola Scriptura), mais ils se sont arrêtés en chemin, aux interprétations des Pères de l’Église et en particulier à celles d’Augustin.
Par contre, les anabaptistes (dont je me réclame) ont cherché à revenir à l’Écriture seule et c’est entre autre à cause de cela qu’ils ont été persécutés par les Réformateurs. Certainement, ils ont fait des erreurs en voulant faire tabula rasa, mais ils ont aussi pu redécouvrir des vérités fondamentales qui sont restées invisibles aux yeux du protestantisme classique.
février 28, 2009 à 8:45
Je pense que les évangéliques ont souvent un peu snobé les réformés, je le confesse pour moi-même déjà. Mais depuis des années je fréquente aussi volontiers, en plus de “mon” église évangélique, les célébrations réformées qui ont lieu dans mon village. Et c’est là que les portes s’ouvrent, que je découvre des frères et soeurs fidèles, en quête de Dieu, désireux de vivre leur foi. Et la découverte est probablement aussi réciproque.
On ne peut pas s’aimer, se comprendre, si on ne se connait pas. Allons vers les autres, faisons connaissance, faisons-nous connaître !
mars 2, 2009 à 8:29
Je lis tous ces commentaires avec intérêt et suis d’accord avec beaucoup de ces réflexions.
L’article de M. Kraege me choque mais il me remets aussi en question. Il faut avouer que nous nous prenons souvent pour les meilleurs, que nous prétendons brandir la VERITE et que c’est souvent notre interprêtation… Nous affirmons être, sanctifiés, mis à part, gardés du mal…..et pourtant notre témoignage est souvent entaché (tellement plus que ce que nous voudrions) Pourtant, nous reconnaissons que nous sommes des pécheurs grâciés et que nous avons chaque jour à demander pardon. Je trouve aussi que nous avons beaucoup d’arrogance pour affirmer notre salut pour la vie éternelle……. tout en vivant dans le péché……et cela me pose un problème. Est-ce que nous ne manquons pas d’humilité ? C’est quand même vrai que nous sommes plus enclin à brandir le bouclier de la foi plutôt que la grâce…….. et c’est intéressant de creuser cette pensée. Que le Saint-Esprit nous conduise dans un chemin d’amour les uns vers les autres.
mars 7, 2009 à 6:20
N’étant pas théologien, je ne peux pas juger s’il est de bonne méthode d’opposer la grâce et la foi comme semble le faire M. Kraege dans l’article de RéformeS tel que le rapporte M. Dubuis. Néanmoins je m’interroge si, expérimentalement, dans le vécu chrétien, il est possible de les distinguer. En paraphrasant Jacques, quelqu’un peut-il dire “Nous, réformés, nous magnifions la grâce; vous, évangéliques, vous prônez la foi” ?
Ce que je peux affirmer en tout cas, c’est que cette polémique n’est pas nouvelle et qu’Alexandre Vinet se donne déjà la peine d’y répondre en 1843 dans une prédication intitulée “La Grâce et la Foi” (Etudes et méditations évangéliques III, Payot, 1958, p. 28-46).
Il commence par un avertissement : “Il importe à chaque chrétien, et à chaque homme, de bien entendre cette partie de la théologie qui traite de la grâce et de la foi.” Il continue : “Apprenons de l’Evangile et de l’expérience quels sont les rapports vrais, naturels, inévitables, de la foi avec la grâce; sauvons-nous ainsi de ces malentendus qui glacent le coeur ou l’irritent, et qui, à l’ordinaire, font l’un et l’autre.” Voilà comment il résout la question :”Il y a deux grâces, celle qui s’accomplit hors de nous, et que l’apôtre appelle simplement la grâce, et une autre qui s’accomplit en nous, et que l’apôtre appelle la foi. Grâce hors de nous, grâce en nous, voilà l’Evangile… C’est ainsi que nous concevons les rapports de la grâce et de la foi. La grâce et l’objet de la foi, la foi est le complément de la grâce.” Il faudrait lire toute la prédication, tant elle est éclairante sur le sujet.
Ce que la lecture d’A. Vinet nous permet de déduire, c’est que le reproche que M. Kraege fait aux évangéliques ses contemporains est exactement ceux qu’ont faisait déjà aux prédicateurs du Réveil !
Mais même en faisant abstraction de cette constatation, on peut se poser la question : comment un réformé peut-il se réjouir de la grâce sinon dans la confiance qu’il en est le destinataire et sur quoi l’évangélique peut-il faire reposer sa confiance, sinon sur la grâce Dieu, qui telle un point d’appui lui permet de soulever les pesanteurs de son existence croyante ?
Pour moi, l’Evangile adresse l’appel suivant indifféremment aux réformés et aux évangéliques, finalement tous chrétiens, avec d’autres, dans ce coin de pays : “N’opposez pas grâce et foi mais composez-les le plus harmonieusement possible dans vos existences inévitablement et parfois douloureusement incarnées !”
mars 7, 2009 à 10:34
Merci Jacques-André pour ton commentaire, j’y ai appris quelque chose.
mars 9, 2009 à 8:02
La croisade de M. Kraege est pathétique! Il cherche quoi, à faire mousser les rapports entre réformés et évangéliques? On lui doit déjà en 1993 “Les pièges de la foi – lettre ouverte aux évangéliques” où il critique la frange évangélique du protestantisme. A l’époque j’ai pris la peine de lire, méditer, retenir ce qui est bon, me remettre en question. Mais je constate que M. Kraege est figé dans sa vision des évangéliques. De son côté il ne veut pas voir ce qui est bon et même excellent chez nous, il ne prend pas la peine de reconnaître les évolutions que nous avons connues depuis son pamphlet. Je ne crois pas qu’il recherche à ouvrir le dialogue, puisque depuis 1993 il n’a pas apaisé d’un iota son animosité à notre égard.
Arrivé à ce point-là, ce doit être pathologique.
Ce qu’il nous reproche, ce Don Quichotte réformé pourrait aussi bien le trouver dans sa propre institution, et chez des luthériens, et chez des catholiques !
Pour ma part je ne me reconnais pas dans les critique précises qu’il formule ! Je ne serais donc pas évangélique? je serais un réformé sans le savoir?
La prose de JDK manque de sérieux dans ce billet. Et je crois les rapports entre réformés et évangéliques suffisamment bons, entre gens sérieux, pour n’avoir rien à redouter de cette caricature.
Je constate finalement et une fois de plus qu’il y a aussi chez les réformés, comme partout d’ailleurs, des querelleurs primaires.
mars 10, 2009 à 11:31
Sans avoir vraiment approndi le sujet, je constate que le débat tourne à la critique, voir la médisance. Il faut que des scandales arrivent, mais malheur à celui qui les provoquent, disait Jésus. Ne somme-nous pas appelés à suivre l’exemple de Jésus, notre modèle et notre conseiller. Qu’aurait-il fait, Lui? …. et pendant que l’on palabre, des gens meurent autour de nous sans connaître le salut en Jésus.
mars 10, 2009 à 12:06
La position du pasteur Kraege me semble témoigner de deux problèmes de fond:
- D’une part, une opposition entre foi et grâce que, me semble-t-il (mais je ne suis pas un spécialiste), Calvin lui-même aurait récusée. Il est clair que, pour lui, la foi n’était pas un oeuvre salvifique (mais quel théologien le prétendrait?). Pour autant, cela n’exclut pas la renonciation au péché et, dans ce sens, la conversion, si celle-ci est entendue non comme un aboutissement déjà atteint, mais comme le début d’un chemin qui ne peut se vivre que dans la foi ET la grâce. Je ne vois pas autre chose chez Saint Paul.
- D’autre part, une ignorance de la théologie évangélique et du vécu de la foi des évangéliques. Ce qu’il décrit n’est pas, me semble-t-il, la théologie évangélique, mais un risque que comporte la piété évangélique. Il me semble que, si cette nuance était apportée, la contribution de D. Kraege serait nettement plus intéressante.
Réformé moi-même, je trouverais plus important que l’Eglise réformée et son clergé (si si, nous en avons un!) s’occupe de ses propres problèmes théologiques – à commencer par l’absence de théologie définissable -, avant de critiquer celle des autres, surtout à mauvais escient. Il y a certes des débats théologiques qui seraient à mener entre évangéliques et réformés (mais sur quelle base du côté réformé?), mais je souhaite que ce soit dans un esprit “évangélique”. Celui que l’EERV prône à l’égard de presque tout le monde (à l’exception, me semble-t-il, des évangéliques et de Benoît XVI).
A la question qui sert de titre au billet de P.D., je crains qu’il ne faille répondre oui. En tous cas, dans les organes dirigeants. Vous m’en voyez, chers frères évangéliques, sincèrement désolé.
mars 10, 2009 à 3:35
Ma réponse à M. J-D. Kraege a paru dans le numéro suivant de “Bonne Nouvelle”.
mars 11, 2009 à 8:15
C’est un mensonge que de prétendre :
“Les «évangéliques» redoublent donc leur péché en n’acceptant pas qu’il leur faille vivre en éternels pécheurs dans la totale dépendance de Dieu, en comptant toujours de nouveau sur sa grâce et elle seule. (J.D. Kraege)”
Un des évangéliques les plus notoires qui a marqué le congrès d’Evangélisation Lausanne I a écrit les lignes suivantes dans son commentaire des Romains :
“En vérité, reconnaître avec honnêteté et humilité que notre chair est irrémédiablement mauvaise, même après la nouvelle naissance, voilà le premier pas vers la sainteté. Disons-le franchement, certains d’entre nous ne mènent pas
une vie sainte pour la bonne raison qu’ils ont une trop haute opinion d’eux-mêmes. Et nous ne crierons au secours tant que nous n’avons pas vu notre propre misère. Autrement dit, le seul chemin pour parvenir à la foi en la puissance du Saint Esprit passe par un profond désespoir de soi. Il n’existe pas d’expédient qui permette de régler ce problème une fois pour toutes. La chair est tellement puissante et subtile que nous n’avons pas le droit de nous reposer un instant. Notre seul espoir est d’être, sans relâche, vigilants et dépendants du Saint-Esprit. (John Stott p. 89 – PBU – 1976)”
John Stott n’est-il pas dans la ligne du Réformateur ? Dans une page précédente Stott va jusqu’à déclarer :
“Seul le croyant adulte parvient au dégoût et au désespoir de soi. Lui seul reconnaît avec une parfaite lucidité qu’il n’y a rien de bon dans sa chair. Lui seul accepte sa misère et réclame avec foi la délivrance. (idem p. 87)”
D’autre part Calvin serait-il orgueilleux puisqu’il déclare que le « simul justus , simul peccator » est une pestilentissima philosophia :
« Quand nous regardons en Christ (les tenants de cette position) confessent bien que là nous avons pleine matière d’espérance; mais parce que nous sommes toujours indignes des biens qui nous sont offerts en Jésus-Christ, ils veulent qu’au regard de notre indignité nous chancelions et soyons en branle. En somme, ils mettent tellement la conscience entre l’espérance et la crainte, que tantôt elle incline à l’une, tantôt à l’autre. Davantage, ils conjoignent la crainte en l’espérance, de telle sorte que la première éteigne la seconde, quand elle est en son règne, et que la seconde fasse le semblable à son tour. Voilà comment Satan, quand il voit que, par mensonge clair et ouvert, il ne peut plus détruire la certitude de la foi, s’efforce en cachette et comme par-dessous terre, de la ruiner. Or, je vous prie, quelle sera cette confiance, qui à chaque coup sera abattue par le désespoir? Ils imaginent qu’en regardant Christ
nous sommes certains de notre salut, puis, qu’en retournant à nous, nous sommes certains de notre damnation» (Institution III, 2, 24) »
Cité par C.A. Keller dans son « Calvin mystique » (p.78) qui écrit : “Calvin se dresse contre une vision de l’existence chrétienne qui tente de tenir le milieu entre le simul justus et peccator luthérien et la vision de Calvin. Ce dernier la qualifie de pestilentissima philosophia, l’accusant de partir d’un point de vue ‘semi- papiste’. Elle consiste à affirmer que la foi est mêlée d’incrédulité.”
mars 11, 2009 à 12:21
Merci à G.C. pour ces citations. Ainsi, J.D. Kraege condamne Calvin au nom de la fidélité à… Calvin!
mars 12, 2009 à 2:21
Mon cher Paul,
Quelqu’un de bien intentionné m’a signalé le texte que tu as écrit sur le blog de la FREE.
Que dois-je faire (comme dit la chanson) de cette manière de faire flèche de tout bois, du ton général utilisé, du titre choisi ? Alors, je dis oui au débat… mais à certaines conditions seulement. Et sans les énumérer ici, il me difficile d’entrer en débat à la suite de ton texte, sans poursuivre l’escalade !
Ci-dessous quelques mots pour le blog de la FREE.
Avec mes cordiaux messages.
Henri
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Suite à la tribune libre de RéformeS, signée de JDK, j’ai répondu, au nom du Conseil synodal, à quelques personnes qui nous ont interpellé, directement ou indirectement. Je reprends ci-dessous quelques-uns de mes propos.
” ‘RéformeS’ s’inscrit dans le cadre des actions qui marquent l’année Calvin09. Le Conseil synodal a soutenu ce projet et décidé de joindre ce journal unique à l’envoi de ses vœux de Noël 2008. La diffusion de ce document (on peut estimer le nombre de lecteurs à 20’000) a donné aux propos de Jean-Denis Kraege une large audience. Celle-ci, et le mode de la « Tribune libre » (l’expression d’une opinion personnelle), explique probablement la vigueur des réactions reçues de la part d’une vingtaine de personnes ou organismes.
Pour cette publication, comme pour d’autres publications de l’EERV (je pense en particulier au journal « bonne nouvelle »), les rédacteurs sont responsables des textes qu’ils publient. Il n’y a donc pas eu de relecture de la part du Conseil synodal, ni sur la forme, ni sur le fond.
Comme direction d’Eglise, nous sommes convaincus de l’importance d’avoir des débats théologiques en toute franchise et sincérité, d’oser nommer les différences, et de vivre ensemble l’Eglise dans sa diversité en nous acceptant les uns les autres.
Les courriers échangés montrent à l’évidence tout à la fois la difficulté et la nécessité du dialogue, d’une part à l’interne de l’EERV, entre « les personnes de conviction évangélique et le reste de l’Eglise » (pour reprendre une expression de l’un des courriers reçu), d’autre part entre l’Eglise évangélique réformée et les Eglises évangéliques.
Nous sommes convaincus que ce débat doit avoir lieu dans un cadre qui permette et favorise l’écoute réciproque, la prise en compte des évolutions et des changements que vivent les Eglises dans le contexte du monde aujourd’hui, la difficulté pour chacun de dire son identité ainsi que ses convictions et d’être compris de ses interlocuteurs, la recherche de modes de travail commun à l’interne de l’EERV ainsi que de collaborations entre Eglises.”
Je me réjouis de l’enrichissement que représentera ce dialogue pour toutes les personnes qui accepteront d’entrer dans la démarche.
Henri Chabloz, président du Conseil synodal de l’EERV
mars 13, 2009 à 1:33
Au Pays-d’Enhaut, Réformés et Evangéliques ont l’habitude de se cotoyer, de travailler ensemble et même… de s’aimer !
Ainsi, mes chers collègues et amis de l’EERV ont pris l’initiative de rajouter au journal “RéformeS” le Nota bene suivant :
“Nous estimons que la description unilatérale et simpliste des évangéliques présentée dans cet article ne correspond pas à la réalité que nous vivons dans nos contacts fratrenels avec l’Eglise évanglique. Des différences existent, mais nous désirons oeuvrer au diaogue et à la communion dans le Christ qui nous rassemble.”
Signé : “Le Conseil paroissial du Pays-d’Enhaut et ses ministres”
Merci pour ces égards !
mars 15, 2009 à 2:03
Pourquoi opposer grâce et foi ?
Ne pourrait-on pas imager la grâce comme les mains de Dieu qui nous tendent un cadeau et la foi comme nos mains qui s’en saisissent ?
A part ça, OUI au dialogue, comme le suggère M. Chabloz.
mars 17, 2009 à 6:06
Qui suis-je pour entrer dans un pareil débat ?
Les Réformes enthousiastes que l’on nous rappelle ces temps me font envie, très envie, du moins pour leur côté de redécouverte de la Parole, car la mise en pratique de Celle-ci n’a pu être qu’entachée d’humanité.
S’il est nécessaire d’exprimer ses propres convictions, nous avons deux armes redoutables pour être entendus, sinon compris : la modestie (nous ne sommes pas Dieu), et l’amour fraternel (qui devrait présider à toutes relations entre enfants de Dieu).
Mais qui suis-je ? pour parler ainsi, moi qui suis encore un petit enfant dans la foi !
Je me demande si j’ai bien compris mes premières leçons de christianisme. A vous de juger !
mai 23, 2009 à 4:37
à propos des minarets
à chaque construction de minarets en Suisse, il faudrait libéré un chrétien d’origine musulmane
alors oui aux minarets
juin 3, 2009 à 9:10
Je suis réformé et globalement plutôt de l’avis de Jean-Denis Kraege. Ce qui me surprend ici, c’est la bonne tenue de plusieurs commentaires, construits et pertinents, alors que le billet de départ n’a pas cette qualité.
Évidemment, le mot de Jean-Denis Kraege est polémique. C’est justement une bonne raison d’en rester au texte et pas prêter à son auteur des mots que ne sont pas de lui; pour des raisons que j’ignore, Paul Dubuis n’a pas réussi l’exercice.
Comme quoi une mauvaise graine peut produire du bon fruit
octobre 27, 2009 à 6:13
Bonjour pasteur juste pour vous dire
dire qu’il y’a beaucoup a vous dire et j aimerai avoir
votre adresse en dehors de cette page.Dans l esprit d avoir une reponse de votre part,recevez l expression de ma tres haute consideration.
novembre 10, 2009 à 10:15
J’ai lu avec intérêt, un brin amusé, les divers apports à ce débat.
Après 30 années de vie avec Christ principalement vécues dans le milieu évangélique, je me cherche et participe actuellement aux cultes de la paroisse protestante.
Après ces 30 ans dans le milieu évangélique je suis en effet désabusé et si, je ne le rejette pas et que j’admets même que je ne trouve pas réellement mon chez moi dans le milieu protestant réformé, j’ai envie de dire ceci sur le milieu évangélique (que j’aime encore mais…):
- J’y ai trouvé beaucoup d’hypocrisie et de supériorité
- Ces dernières années, j’ai été lassé et meurtri pas l’esprit de fermeture qui peut y être vécu et encouragé, en particulier par rapport à la prise en compte de l’être humain dans son entier (corps, âme et esprit.) A force de trop spiritualiser, on en oublie que Dieu s’est fait homme en Christ…
- J’y ai aussi trouvé, avec grande surprise, peu de réel intérêt pour la Parole et surtout peu de désir de la mettre en pratique (surtout au sujet de la repentance…).
- Enfin, ces derniers mois, j’y ai rencontré une énorme indifférence fraternelle. Quelqu’un a dit: le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, c’est l’indifférence. Des personnes que je pensais être des bons amis et surtout de très bons amis de mon épouse, nous ont laissés sur la berge alors que nous leur avions dit notre désir de faire route avec eux… bien qu’étant en réflexion. Heureusement, il paraît qu’ils ont maintenant signé une charte d’église dans laquelle ils s’engagent à prendre soin les uns des autres…
Alors aujourd’hui, je constate de plus en plus que la plupart des milieux évangéliques ne sont de loin pas prêts à recevoir les personnes qu’ils désirent “convertir” car il manque cruellement d’amour pour les êtres humains au-delà du témoignage.
En tout cas, j’avoue que j’hésiterai à emmener les personnes non chrétiennes que je rencontre aujourd’hui dans mon travail et à qui je parle parfois du Christ. J’aurais trop peur qu’elles se fassent blesser par des paroles déplacées, par du jugement ou par l’indifférence.
La chaleur humaine, le véritable intérêt de l’autre (pas seulement pour qu’il se convertisse !), le simple contact humain, le courage d’aller vers l’autre s’il n’est pas bien (même s’il peut parfois faire peur car il vit qqch de difficile et qu’il n’arrive momentanément plus à s’ouvrir) sont des ingrédients nécessaires à la vie communautaire. Cela devient rare dans notre monde, même dans le milieu ecclésial (réformé et évangélique). Et je dirais que je commence à plus le percevoir dans le “monde” professionnel que dans l’église.
J’admets être dans une période de “questionnements” et nul doute que mon analyse est teintée de pessimisme. Toutefois, à entendre plusieurs échos de chrétiens évangéliques autour de moi, je ne suis pas le seul à croire qu’il y a des choix à faire et peut-être d’autres moyens de vivre l’évangile que dans une église évangélique ou une paroisse réformée traditionnelles.
J’y réfléchis avec quelques-uns. Je ne désire pas rejeter le bébé avec l’eau du bain. Je ne cherche pourtant pas la perfection. Je ne suis non plus pas du genre passif et j’ai souvent proposé des choses concrètes jugées par ceux qui me connaissent réalistes et équilibrées. Je veux donc rester ouvert et prêt à saisir toute opportunités de vivre ma foi dans le cadre d’une assemblée respectueuse du vécu, de la foi et de la formation de chacun. Mais je l’avoue, le débat évangélique – réformé ne veut plus dire grand chose pour moi ! J’ai simplement le désir de rencontrer des chrétiens, des personnes en recherche et des personnes n’étant pas chrétiennes mais qui acceptent de vivre des contacts humains avec moi !
RGD, désabusé mais pas sans espérance !
février 23, 2010 à 8:29
“on puisse nier la Trinité, nier l’inspiration de certains livres de la Bible, nier la naissance virginale, nier la résurrection corporelle et le retour du Christ”
Il me semble que ceux qui nient ces choses ne peuvent se considérer comme des chrétiens!
Je suis chrétien, de tendance évangélique. La promesse de Dieu est le salut par la foi. Personne ne peut le nier. Mais comme la foi est une grâce, un don de Dieu, l’orgueil nous est interdit. Mais une foi qui n’a pas comme but la personne même du Christ n’est pas de Dieu. Car c’est dans le Christ seul que nous trouvons le rachat de nos péchés.
octobre 24, 2010 à 3:51
[...] titre du billet Certains réformés souffrent-ils d’évangélicophobie? m’interpelle sur les dénominations des Églises réformées et protestantes romandes. [...]